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Malgré la richesse pétrolière, les Tchadiens restent insatisfaits de leur niveau de vie

by Magali Rheault

Importance des droits de propriété foncière et gestion des sols

WASHINGTON, D.C. -- Depuis qu’il est devenu un pays exportateur de pétrole en 2003, le Tchad a connu une forte croissance économique. Cependant, la plupart des Tchadiens sont insatisfaits de leur niveau de vie et une faible majorité de répondants pensent qu’il est en train de s’améliorer. En matière de création d’emplois, les attitudes des Tchadiens dévoilent des niveaux d’insatisfaction relativement élevés et cela, aussi bien dans le nord musulman que dans le sud chrétien et animiste. Néanmoins, une proportion plus importante de chrétiens que de musulmans paraît insatisfaite. Par ailleurs, l’ensemble des Tchadiens ont tendance à dire qu’il est plus important de protéger les ressources naturelles que de les exploiter. Ceci met l’accent sur les inquiétudes des habitants dans un pays où la richesse pétrolière a attiré l’attention de multinationales et gouvernements étrangers.

Inquiétudes économiques

Réalisée en novembre 2006 (trois ans après que le Tchad ait commencé à exporter du pétrole), l’enquête du Gallup World Poll montre que deux tiers des répondants sont insatisfaits de leur niveau de vie. Les répondants plus âgés ont plus tendance à indiquer une insatisfaction que ceux qui sont plus jeunes. Soixante-douze pour cent de Tchadiens âgés de 46 ans et plus sont insatisfaits de leur niveau de vie contre 62% des répondants âgés de 15 à 18 ans. L’enquête montre aussi qu’une majorité de Tchadiens dans les deux principaux groupes religieux expriment leur insatisfaction. Soixante-dix-huit pour cent de chrétiens (qui représentent environ un tiers de la population du pays) contre 55% des musulmans (qui représentent un peu plus de la moitié de l’ensemble de la population) ont exprimé leur insatisfaction.

L’enquête a également demandé aux Tchadiens si leur niveau de vie était en train de s’améliorer ou d’empirer. Une faible majorité (51%) pense qu’il est en train de s’améliorer mais 21 % des répondants pensent que leur situation reste stationnaire alors que 26 % pensent qu’il est en train d’empirer. Les jeunes Tchadiens ont légèrement plus tendance à être optimistes que ceux qui sont plus âgés : 57% des répondants âgés de 15 à 18 ans et le même pourcentage de ceux âgés de 19 à 29 ans pensent que leur niveau de vie s’améliore contre 51% des répondants âgés de 30 à 45 ans et 43% des répondants âgés de 46 ans et plus. Bien que la plupart des répondants des deux religions principales pensent que leur niveau de vie s’améliore, les musulmans (56%) ont légèrement plus tendance que les chrétiens (50%) à penser que c’est le cas.

L’emploi est un problème majeur pour la plupart des Tchadiens. Plus de trois quarts des répondants (79%) expriment leur insatisfaction quant aux efforts fournis afin d’accroître le nombre et la qualité des emplois dans le pays. Sur la question de l’emploi, 88 % des chrétiens contre 69% des musulmans expriment leur insatisfaction. Selon Elizabeth Ferris, chargée de recherche à la Brookings Institution à Washington, D.C., il se pourrait que cette différence d’opinion provienne, en partie, des perceptions dans la communauté chrétienne selon lesquelles le gouvernement, qui est contrôlé par des groupes issus du nord du pays, favorise les groupes de non-chrétiens.

A la fin de 2005, la richesse pétrolière a apporté environ 400 millions de dollars de revenus directs au Tchad, dont 256 millions de dollars ont été utilisés pour des programmes de réduction de la pauvreté. Cependant, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estime qu’environ 80 % de la population tchadienne dépend toujours de l’agriculture de subsistance. De plus, 76% des Tchadiens indiquent qu’au cours des douze mois avant l’enquête, ils (ou leurs familles) ont eu faim.

Utilisation et gestion des sols

Du fait que les ressources naturelles et les produits agricoles représentent les piliers de l’économie nationale, l’utilisation des sols est un sujet clé pour les Tchadiens. Depuis 1963, l’étendue du lac Tchad a diminué de 95 %. De plus, des tensions ethniques ont entraîné des conflits entre agriculteurs du sud et éleveurs nomades du nord pour l’accès aux pâturages et aux points d’eau. Par ailleurs, bien que l’oléoduc Tchad-Cameroun ait permis de transporter le pétrole du Tchad (qui n’a aucun littoral) jusqu’aux ports de l’Atlantique, la construction de l’oléoduc a également déplacer de nombreuses personnes, surtout dans le sud.

Une forte majorité de Tchadiens pense que les droits de propriété foncière devraient être renforcés et que les ressources naturelles du pays devraient être mieux gérées. Presque 8 sur 10 répondants (78 %) pensent que le foncier joue un rôle important dans les conflits et la sécurité dans le pays, une opinion qui est partagée par 85% des chrétiens et 71 % des musulmans. D’autres questions à propos de la nécessité d’accroître la responsabilité de l’utilisation des sols ou bien de renforcer les droits de propriété foncière reçoivent également l’approbation de majorités importantes. Presque 8 Tchadiens sur 10 (79%) pensent que les droits de propriété foncière devraient être renforcés et le même pourcentage de répondants indique que la responsabilité de l’utilisation des sols devrait être accrue.

De plus, les répondants mettent l’accent sur la nécessité de protéger et de gérer d’une manière responsable les ressources naturelles du pays. Quatre-vingt-quatre pour cent de Tchadiens pensent que les ressources naturelles doivent être protégées et 80 % pensent que les pays étrangers profitent des richesses naturelles du Tchad. Plus de trois quarts des répondants (76%) pensent que la responsabilité pour gérer les ressources naturelles doit être accrue. Enfin, 59% des Tchadiens sont contre l’idée selon laquelle l’exploitation des richesses naturelles est plus importante que leur protection.

Note Technique

Enquête réalisée en novembre 2006 auprès d’un échantillon représentatif de 1,000 personnes de l’ensemble de la population, âgée de 15 ans et plus et interrogées en face-à-face. Pour les résultats basés sur l’ensemble de l’échantillon, la marge d’erreur maximum est de plus ou moins 5% et le niveau de l’intervalle de confiance est de 95%. De plus, la rédaction du questionnaire et les difficultés pratiques des enquêtes peuvent biaiser ou introduire des erreurs dans les résultats des sondages d’opinion publique.
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